Dictée vocale pour orthophoniste : outils, vocabulaire clinique et confidentialité
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Dictée vocale pour orthophoniste : outils, vocabulaire clinique et confidentialité

Équipe OrthoVox12 octobre 202610 min de lecture
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Il est 20 h, trois bilans attendent leur compte rendu, et vos notes de passation tiennent sur des feuilles volantes. Parler va plus vite qu'écrire : la tentation de dicter est logique. Encore faut-il savoir où part votre voix, ce que l'outil fera de « paraphasies » ou de « –1,5 ET », et à quel moment de la rédaction la dictée aide vraiment.

Dictée vocale et compte rendu : la réponse courte

La dictée vocale transforme votre parole en texte. Elle ne rédige pas le compte rendu à votre place : elle accélère la saisie d'un premier jet, celui des observations, de l'anamnèse ou des impressions cliniques. Elle est utile si trois conditions sont réunies :

  • vous savez où votre voix est traitée (sur votre poste ou sur un serveur distant) ;
  • vous ne dictez rien d'identifiant tant que la confidentialité n'est pas garantie ;
  • vous relisez tout, en particulier les termes techniques et les chiffres.

La HAS cite d'ailleurs, parmi les usages possibles de l'IA générative en santé, les « transcriptions de conversations captées lors des consultations ». Elle y voit un moyen de diminuer la charge administrative. Son guide de 2025 porte sur l'IA générative, pas sur la dictée classique. Mais ses consignes de relecture et de confidentialité se transposent bien à la dictée. Nous les reprenons ci-dessous par prudence, en le signalant à chaque fois.

Les familles d'outils : où part votre voix

Avant de comparer la précision, regardez le trajet des données. C'est la question qui engage votre responsabilité.

OutilComment l'activerOù la voix est traitée (selon l'éditeur)
Saisie vocale de Windows (10 et 11)Touche Windows + HEn ligne, par les services Azure Speech de Microsoft : connexion internet nécessaire
Accès vocal de Windows 11 (version 22H2 et suivantes)Paramètres d'accessibilitéSur l'appareil, sans connexion internet ; français (France) pris en charge
Dicter dans Word (Microsoft 365)Bouton « Dicter »Envoyée à Microsoft ; abonnement Microsoft 365 et connexion internet nécessaires
Dictée Apple (Mac, iPhone, iPad)Réglages de l'appareilSur l'appareil ou sur les serveurs d'Apple : les réglages « Claviers » indiquent lequel
Logiciel de reconnaissance installé (ex. Dragon)Application dédiéeÀ vérifier auprès de l'éditeur, pour votre édition
Transcription par IA générativeApplication ou service en ligneÀ vérifier auprès de l'éditeur

Quelques précisions issues de la documentation des éditeurs :

  • Windows. Microsoft indique que les données vocales lui sont envoyées « uniquement pour fournir le service » et qu'il ne conserve, n'échantillonne ni n'écoute les enregistrements sans votre autorisation. La contribution d'extraits vocaux pour améliorer le service est facultative. La reconnaissance vocale en ligne se désactive dans les paramètres de confidentialité de Windows ; seules les fonctions traitées sur l'appareil restent alors disponibles.
  • Accès vocal. Selon Microsoft, cette fonction de Windows 11 permet de piloter son PC et de rédiger du texte uniquement à la voix, sans connexion internet, grâce à une reconnaissance vocale sur l'appareil. C'est l'option à regarder si vous ne voulez pas que votre voix quitte le poste.
  • Word. Microsoft écrit que ce service ne stocke ni l'audio ni le texte transcrit. Le français (France) figure parmi les langues prises en charge, hors langues « en aperçu ».
  • Apple. Ce que vous dictez n'est pas stocké, sauf si vous avez activé « Améliorer Siri et Dictée ». Dans ce cas, des données supplémentaires sont recueillies, stockées et examinées. Apple indique conserver dans tous les cas certaines données relatives aux demandes (catégorie, configuration de l'appareil, statistiques de performance).

Ces engagements sont ceux des éditeurs. Ils ne disent pas, à eux seuls, si l'outil convient à des données de santé. Nous y revenons plus bas.

Le vocabulaire clinique : ce qui coince

Le vocabulaire de l'orthophonie est spécialisé : paraphasies, praxies bucco-faciales, sigmatisme, dysorthographie, noms de tests, sigles (TDL, TSLA, PAP). Aucun éditeur, à notre connaissance, ne publie de taux d'erreur sur ce vocabulaire. La seule mesure fiable est la vôtre.

Testez sur vos propres textes. Dictez un ancien compte rendu, déjà anonymisé, puis comptez les corrections nécessaires. Faites-le avec deux outils, sur le même texte. Dix minutes suffisent pour savoir si l'outil vous fait gagner du temps ou en perdre.

Enrichissez le vocabulaire quand l'outil le permet. Certains logiciels installés acceptent des mots ajoutés. L'aide de Dragon 15 explique qu'on ajoute des mots et des expressions au vocabulaire pour améliorer la précision de la reconnaissance. Dragon peut aussi analyser des documents du disque local pour y repérer les mots absents de son vocabulaire.

Méfiez-vous des mots qui se ressemblent. Pour les textes produits par IA générative, la HAS demande de relire chaque texte en portant attention aux mots de sonorité ou d'orthographe proches. Au chapitre des accents et des prononciations, elle donne l'exemple de « proscrire » et « prescrire ». La consigne vaut tout autant pour une dictée. En orthophonie, une erreur du même type peut inverser le sens d'une phrase : « dysphasie » pour « dysphagie », par exemple.

Tapez les chiffres plutôt que de les dicter. Dans le même guide, la HAS demande de vérifier les valeurs et les unités des quantités chiffrées. Un signe moins perdu ou une virgule mal placée change l'interprétation d'un score en écart-type (ET). Saisir les résultats au clavier, ou les reprendre depuis votre feuille de cotation, évite ce risque.

Où placer la dictée dans le flux de rédaction

La dictée est utile après la passation, pas pendant. Devant le patient, vous observez. Dicter en séance vous ferait prononcer à voix haute ce que vous notez. L'outil capterait aussi la parole du patient. C'est un conseil de méthode, et une précaution de confidentialité.

Un enchaînement qui fonctionne :

  1. Juste après la séance, dictez vos observations à chaud, section par section : comportement en passation, stratégies, fatigabilité, éléments d'anamnèse. Désignez le patient par « l'enfant » ou « la patiente », jamais par son nom.
  2. Saisissez les résultats chiffrés au clavier, depuis vos feuilles de cotation.
  3. Rédigez l'interprétation et la conclusion à partir de ce premier jet. C'est l'étape où votre raisonnement clinique compte le plus, et où la dictée aide le moins.
  4. Relisez paragraphe par paragraphe. Pour un texte généré par IA, la HAS déconseille le copier-coller en une seule fois : elle recommande de procéder paragraphe par paragraphe, en relisant chaque partie séparément. La même discipline convient à un texte dicté.
  5. Ajoutez l'identité du patient en dernier, au clavier, dans le document final.

Le compte rendu final reste un document engageant : la NGAP prévoit qu'à l'issue du bilan, un compte rendu indiquant le diagnostic orthophonique est adressé au prescripteur.

Pour passer de notes brutes à un texte structuré (étape 3), des logiciels spécialisés existent. Un logiciel comme OrthoVox remplace localement les noms, écoles et praticiens avant tout envoi à l'IA, et vous montre cette transformation au préalable.

Confidentialité : votre voix transporte des données de santé

Ce que vous dictez sur un patient relève des « données concernant la santé » au sens du RGPD. Le règlement désigne ainsi les données relatives à la santé physique ou mentale d'une personne, y compris la prestation de soins, qui révèlent des informations sur son état de santé. Le Code de la santé publique garantit au patient le respect de sa vie privée et du secret des informations le concernant.

Trois questions à poser avant d'adopter un outil :

  • Le prestataire héberge-t-il vos données ? Héberger, pour le compte d'une professionnelle, des données de santé recueillies lors de soins relève de l'article L1111-8 du Code de la santé publique. Sur support numérique, l'hébergeur doit être titulaire d'un certificat de conformité.
  • Existe-t-il un contrat ? Le RGPD impose de ne faire appel qu'à des sous-traitants présentant des garanties suffisantes, et d'encadrer le traitement par un contrat (article 28).
  • L'éditeur documente-t-il sa conformité ? La HAS recommande de vérifier auprès de l'entité responsable du système qu'elle documente sa conformité aux règles de protection des données.

À défaut de réponse claire, transposez par prudence l'exemple que donne la HAS pour les systèmes d'IA générative qui captent le son sans assurance de confidentialité. Ne prononcez aucun prénom ni nom, aucun lieu, ni aucune autre donnée identifiante : ni ceux du patient, ni les vôtres, ni ceux d'un tiers. Pour les requêtes écrites, la HAS cite ce qu'il faut retirer : noms, prénoms, initiales, dates, adresses postales et électroniques, numéros de téléphone, numéros de sécurité sociale.

FAQ

La saisie vocale de Windows fonctionne-t-elle hors ligne ?

La saisie vocale (Windows + H), non : selon Microsoft, elle utilise la reconnaissance vocale en ligne, assurée par les services Azure Speech, et nécessite une connexion internet. En revanche, l'Accès vocal de Windows 11 (version 22H2 et suivantes) permet de rédiger du texte à la voix sans connexion internet, avec une reconnaissance sur l'appareil, en français notamment.

Peut-on dicter le nom du patient ?

Pas avec un outil dont la confidentialité n'est pas garantie. Pour les systèmes d'IA générative qui captent le son, la HAS donne l'exemple de ne prononcer aucune donnée identifiante ; la précaution est la même pour une dictée. Le plus simple : dicter avec « l'enfant » ou « la patiente », puis ajouter l'identité au clavier dans le document final.

Faut-il signaler l'usage d'un outil d'IA dans le compte rendu ?

Tout dépend de l'outil. La HAS recommande d'être transparent sur toute utilisation d'un système d'IA générative ayant assisté une rédaction, au-delà même de l'usage en santé. Elle demande aussi de considérer chaque contenu généré comme une proposition pouvant contenir des erreurs. Une dictée classique, qui transcrit vos propres mots, n'entre pas dans ce cadre : la recommandation vise les outils d'IA générative qui produisent ou reformulent le texte.

Quel outil de dictée choisir pour le vocabulaire orthophonique ?

Celui qui fait le moins d'erreurs sur vos textes. Comparez deux outils en dictant le même compte rendu anonymisé. Privilégiez un outil dont vous connaissez le lieu de traitement de la voix, et qui permet d'ajouter vos termes techniques.

Sources


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