Le compte rendu de bilan orthophonique (CRBO) est un document obligatoire : la NGAP prévoit que tout bilan donne lieu à un compte rendu écrit, adressé au médecin prescripteur quelles que soient ses conclusions, et conservé au dossier du patient. Sa structure suit un plan rédactionnel défini par la convention nationale (annexe 11) ; la trame classique utilisée en cabinet comporte neuf sections, de l'en-tête administratif à la cotation de l'acte. Cet article — mis à jour en juillet 2026, après l'entrée en vigueur de l'avenant 21 — détaille chaque section : objectif, contenu attendu, pièges, et un court exemple rédigé fictif.
Ce que dit la réglementation en juillet 2026
Trois rappels conventionnels avant de dérouler la trame :
- Le compte rendu est obligatoire. La NGAP prévoit que le bilan fait l'objet d'un compte rendu indiquant le diagnostic orthophonique, transmis au prescripteur. Si des séances sont nécessaires, il comprend les objectifs de la rééducation ainsi que le nombre et la nature des séances, que l'orthophoniste détermine. Il doit aussi pouvoir être transmis au service du contrôle médical sur demande.
- Deux libellés de prescription coexistent. Avec un « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire » (le cas le plus fréquent), vous posez le diagnostic, fixez le plan de soins et démarrez la rééducation sans attendre. Avec un « bilan orthophonique d'investigation », le compte rendu formule des propositions : le médecin décide de la suite, et la rééducation exige une nouvelle prescription.
- L'avenant 21 s'applique depuis le 23 février 2026. Signé le 23 juillet 2025 (FNO, Uncam, Unocam), il supprime définitivement la demande d'accord préalable (DAP) pour les bilans de renouvellement et les prolongations de séances — l'avenant 19 l'avait déjà supprimée à l'issue du premier bilan. La lettre-clé AMO passe de 2,50 € à 2,60 € en métropole. La fin de la DAP ne supprime ni le bilan de renouvellement ni son compte rendu : la traçabilité écrite devient même votre principale pièce justificative en cas de contrôle.
Vue d'ensemble : les 9 sections du CRBO
| # | Section | Rôle principal |
|---|
| 1 | En-tête administratif et prescription | Identifier patient, prescripteur, type de bilan |
| 2 | Motif de consultation et plainte | Ancrer le bilan dans une demande explicite |
| 3 | Anamnèse | Contextualiser le trouble (développement, antécédents) |
| 4 | Comportement durant la passation | Qualifier la validité des résultats |
| 5 | Épreuves et observations | Objectiver : scores quantitatifs + analyse qualitative |
| 6 | Conclusion et diagnostic orthophonique | Synthétiser et poser le diagnostic |
| 7 | Projet thérapeutique | Objectifs, nombre, nature et fréquence des séances |
| 8 | Recommandations et examens complémentaires | Orienter le médecin et la famille |
| 9 | Cotation de l'acte | Tracer la facturation NGAP du bilan |
Tous les exemples ci-dessous concernent un patient fictif : Lina, 7 ans 5 mois, scolarisée en CE1. Les scores sont exprimés en écart-type (ET) sans référence à des items de tests réels.
La trame section par section
1. En-tête administratif et prescription
Objectif : permettre au prescripteur (et au contrôle médical) d'identifier immédiatement qui, quoi, quand.
Contenu : identité et date de naissance du patient, classe ou profession, date(s) de passation, nom du prescripteur, date et libellé exact de l'ordonnance, vos coordonnées et numéro d'identification professionnel.
Pièges : recopier un libellé d'ordonnance approximatif (le type de bilan conditionne la suite du parcours), oublier la date de prescription, ou omettre la classe de l'enfant — indispensable à l'interprétation des normes.
Exemple — Lina B., née le 04/12/2018 (7 ans 5 mois), CE1. Bilan réalisé les 12 et 19 mai 2026 sur prescription du Dr M. (médecin généraliste) en date du 28/04/2026 : « bilan orthophonique du langage écrit avec rééducation si nécessaire ».
2. Motif de consultation et plainte
Objectif : expliciter la demande initiale et qui la porte (famille, école, médecin, patient lui-même).
Contenu : la plainte telle qu'elle est formulée, sa durée d'évolution, le contexte du repérage.
Pièges : confondre motif et diagnostic — « consulte pour dyslexie » est une conclusion, pas une plainte.
Exemple — Les parents consultent à la demande de l'enseignante de CE1, qui constate depuis septembre une lecture lente et laborieuse contrastant avec un bon raisonnement oral. Les devoirs donnent lieu à des pleurs réguliers.
3. Anamnèse
Objectif : retracer l'histoire développementale et médicale pour situer le trouble dans son contexte.
Contenu : développement du langage oral et de la motricité, antécédents ORL et médicaux, audition et vision, parcours scolaire, antécédents familiaux de troubles des apprentissages, plurilinguisme éventuel, suivis en cours.
Pièges : l'inventaire exhaustif qui noie l'information utile — ne retenez que ce qui éclaire l'hypothèse diagnostique — et, à l'inverse, l'oubli d'éléments différentiels majeurs (otites à répétition, contexte familial de dyslexie). Sobriété : ce document est lu par des tiers et versé au dossier ; n'y consignez que les éléments personnels nécessaires.
Exemple — Développement du langage oral décrit comme tardif (premiers mots vers 2 ans), otites séreuses traitées par aérateurs à 4 ans, audiométrie normale en 2025. Père ayant rencontré de grandes difficultés d'apprentissage de la lecture. CP décrit comme « difficile dès le premier trimestre ».
4. Comportement durant la passation
Objectif : dire au lecteur si les résultats sont interprétables, et dans quelles limites.
Contenu : qualité du contact et de la coopération, attention, fatigabilité, anxiété de performance, conditions de passation, tout élément ayant pu minorer ou majorer les performances.
Pièges : la formule passe-partout (« enfant agréable et coopérant ») qui ne qualifie rien. Cette section protège votre interprétation : si l'attention a chuté en fin de passation, écrivez-le.
Exemple — Lina entre facilement en relation et s'engage volontiers dans les épreuves orales. Face à l'écrit, on note un net évitement (soupirs, demandes de pause). L'attention reste correcte sur les deux séances ; les résultats sont jugés représentatifs de ses capacités actuelles.
5. Épreuves et observations (quantitatif et qualitatif)
Objectif : objectiver le trouble par des données normées et une analyse clinique.
Contenu : les domaines évalués et les outils étalonnés utilisés (vous pouvez nommer les batteries employées, jamais en reproduire les items ou consignes, protégés par le droit d'auteur), les scores exprimés en écart-type (ET) par rapport à la norme d'âge ou de classe, et surtout l'analyse qualitative : types d'erreurs, stratégies, coût cognitif. Pour le choix des outils, voir notre guide des tests de langage oral chez l'enfant.
Pièges : la liste de chiffres sans interprétation (le médecin ne lit pas un tableau de scores bruts), ou l'inverse — des impressions cliniques sans aucune donnée normée. Précisez le seuil pathologique retenu.
Exemple — Lecture : la précision d'identification des mots écrits se situe à -2,1 ET et la vitesse de lecture de texte à -1,8 ET pour le niveau CE1, avec des confusions de graphèmes proches et un déchiffrage syllabique coûteux. Conscience phonologique : -1,7 ET à une épreuve de manipulation de phonèmes. Langage oral : compréhension syntaxique et lexique en réception dans la norme (entre -0,5 et +0,3 ET). Transcription : -1,9 ET en orthographe phonétiquement plausible sous dictée.
6. Conclusion et diagnostic orthophonique
Objectif : c'est la section que le prescripteur lit en premier. Elle répond à la question posée par l'ordonnance.
Contenu : synthèse du profil en quelques lignes, diagnostic orthophonique posé en termes explicites, sévérité, retentissement fonctionnel et scolaire, réserves éventuelles.
Pièges : la conclusion « molle » qui ne tranche pas alors que les données le permettent, ou le diagnostic médical qui n'est pas de votre ressort (vous posez un diagnostic orthophonique ; le diagnostic médical appartient au médecin). Si les éléments sont insuffisants, dites-le et proposez un bilan complémentaire.
Exemple — L'ensemble des données objective un trouble spécifique et durable du langage écrit touchant la lecture et la transcription, d'intensité modérée à sévère, contrastant avec des compétences orales préservées, avec un retentissement scolaire et émotionnel notable. Une rééducation orthophonique est nécessaire.
7. Projet thérapeutique
Objectif : traduire le diagnostic en plan de soins. C'est une exigence explicite de la NGAP pour le bilan avec rééducation si nécessaire : objectifs, nombre et nature des séances, que l'orthophoniste détermine.
Contenu : 3 à 5 objectifs hiérarchisés et évaluables, nombre de séances de la série, durée et fréquence hebdomadaire, modalités, critères de réévaluation.
Pièges : des objectifs si généraux qu'ils seront invérifiables au renouvellement (« améliorer la lecture »), ou un nombre de séances incohérent avec la sévérité décrite trois lignes plus haut.
Exemple — Rééducation individuelle proposée à raison de 2 séances de 30 minutes par semaine. Objectifs : (1) automatiser les correspondances graphème-phonème complexes ; (2) renforcer la conscience phonémique ; (3) développer la fluence en lecture de textes adaptés. Réévaluation en fin de série avec bilan de renouvellement.
8. Recommandations et examens complémentaires
Objectif : donner au médecin les éléments pour coordonner le parcours.
Contenu : examens complémentaires souhaitables (ORL, ophtalmologique/orthoptique, avis spécialisé), aménagements pédagogiques à discuter avec l'école, conseils aux parents, orientation éventuelle.
Pièges : prescrire à la place du médecin (vous recommandez, il prescrit) et promettre des dispositifs scolaires qui ne dépendent ni de vous ni de lui.
Exemple — Un contrôle ophtalmologique avec bilan orthoptique paraît souhaitable. Des aménagements pédagogiques pourraient être discutés avec l'équipe enseignante (temps majoré, valorisation de l'oral). Les parents sont encouragés à maintenir des temps de lecture plaisir partagée.
9. Cotation de l'acte
Objectif : tracer la facturation du bilan conformément à la NGAP.
Contenu : la cotation AMO du bilan réalisé. Depuis le 23 février 2026 (avenant 21), la lettre-clé AMO vaut 2,60 € en métropole, et les coefficients de bilans ont été revus pour améliorer leur traçabilité. Vérifiez la cotation applicable dans la version en vigueur de la NGAP sur ameli.fr.
Pièges : facturer le bilan sans avoir rédigé le compte rendu — la rédaction et l'envoi font partie intégrante de l'acte. En cas de contrôle, c'est ce document qui justifie vos cotations, d'autant plus depuis la fin de la DAP.
Et après ? Envoi, conservation, renouvellement
Le compte rendu est adressé au prescripteur dans tous les cas, même si vous concluez à l'absence de trouble. Conservez-en un exemplaire au dossier patient ; il pourra être demandé par le contrôle médical. À l'issue de la série, le bilan de renouvellement — toujours obligatoire — donne lieu à un nouveau compte rendu, sans DAP depuis l'avenant 21. La rédaction reste l'étape la plus chronophage : pour structurer et accélérer ce travail sans sacrifier la rigueur, voir notre méthode dans rédiger un bilan orthophonique rapidement.
FAQ
Le compte rendu de bilan est-il vraiment obligatoire, même sans trouble ?
Oui. La NGAP prévoit un compte rendu adressé au prescripteur quelles que soient les conclusions, y compris lorsque aucune rééducation n'est proposée.
Qu'a changé l'avenant 21 au 23 février 2026 ?
La DAP est définitivement supprimée pour les renouvellements et prolongations de séances, la lettre-clé AMO passe de 2,50 € à 2,60 € en métropole, deux séances distinctes le même jour deviennent possibles sous conditions, et les coefficients de bilans ont été ajustés. Le bilan de renouvellement et son compte rendu restent obligatoires.
Quelle différence entre « bilan avec rééducation si nécessaire » et « bilan d'investigation » ?
Avec le premier, vous posez le diagnostic, fixez le plan de soins et démarrez la rééducation sans attendre. Avec le second, votre compte rendu formule des propositions et le médecin décide de la suite ; une nouvelle prescription est nécessaire avant toute rééducation.
Puis-je nommer les tests utilisés dans mon compte rendu ?
Oui, citer le nom d'une batterie étalonnée est attendu. En revanche, ne reproduisez jamais les items, consignes ou supports d'un test propriétaire : ils sont protégés par le droit d'auteur. Les scores s'expriment en écart-type (ET) par rapport à la norme.
Quelle longueur pour un CRBO ?
Pas de norme : 2 à 4 pages suffisent généralement. Le prescripteur doit trouver le diagnostic et le projet thérapeutique en moins d'une minute, le détail des épreuves venant à l'appui.
Sources
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