Mis à jour en juin 2026.
En résumé : pour vous installer orthophoniste libérale en 2026, vous devez, dans l'ordre : faire enregistrer votre diplôme pour obtenir votre numéro RPPS (le répertoire ADELI n'existe plus depuis fin 2024), enregistrer votre activité libérale et vous conventionner auprès de la CPAM, déclarer votre début d'activité au guichet unique de l'INPI (qui informe l'URSSAF et la CARPIMKO), souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle — obligatoire —, puis équiper votre cabinet : local accessible, lecteur de cartes et logiciel de télétransmission agréé SESAM-Vitale. Si vous visez une zone « très sous-dotée », des aides conventionnelles pouvant atteindre 30 000 € sur 5 ans existent pour une première installation. Comptez 2 à 3 mois entre le diplôme et la première facturation.
Trois décisions à prendre avant toute démarche
Avant de remplir le moindre formulaire, posez trois choix structurants.
Où vous installer ? Consultez le zonage orthophonique de votre région (arrêté par l'ARS). Bonne nouvelle : à la date de rédaction, aucune restriction conventionnelle n'interdit aux orthophonistes de s'installer en zone très dotée — le zonage sert avant tout à cibler les aides financières, réservées aux zones sous-denses.
Sous quelle forme exercer ? La grande majorité des jeunes diplômées démarrent en entreprise individuelle (BNC), seules ou en collaboration libérale dans un cabinet existant.
Quel calendrier ? Plusieurs démarches ont des délais incompressibles (carte CPS, conventionnement, bail). Lancez les formalités dès l'obtention du certificat de capacité en orthophonie.
La checklist chronologique
| Étape | Organisme | Quand / délai indicatif |
|---|
| 1. Enregistrement du diplôme → numéro RPPS | ARS via le portail eRPPS (FranceConnect) | Dès l'obtention du diplôme |
| 2. Enregistrement de l'activité libérale + conventionnement | CPAM du lieu d'exercice | Le plus tôt possible après l'étape 1 |
| 3. Commande de la carte CPS | Déclenchée lors du processus d'installation CPAM | Quelques semaines de délai |
| 4. Déclaration de début d'activité | Guichet unique INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) | Dès le début d'activité |
| 5. Affiliation URSSAF (praticien et auxiliaire médical) | Automatique via le guichet unique | Suite de l'étape 4 |
| 6. Affiliation retraite CARPIMKO | Automatique via le guichet unique | Effet au 1er jour du trimestre civil suivant |
| 7. Assurance RCP (obligatoire) + compte bancaire dédié | Assureur / banque | Avant le premier patient |
| 8. Local : bail professionnel, normes ERP/accessibilité | Bailleur, mairie le cas échéant | 1 à 2 mois avant l'ouverture |
| 9. Équipement : lecteur de cartes, logiciel SESAM-Vitale agréé | Éditeurs / revendeurs | Dès réception de la CPS |
| 10. Comptabilité : BNC, déclaration 2035, AGA éventuelle | Expert-comptable / AGA | Dans les premiers mois |
Étape 1 — Le RPPS a remplacé ADELI : obtenez votre numéro
C'est officiel depuis le 11 octobre 2024 : les orthophonistes ont basculé du répertoire ADELI vers le RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé). ADELI est désormais caduc. Concrètement :
- Si vous étiez déjà enregistrée avant la bascule, votre transfert a été automatique.
- Si vous êtes jeune diplômée, vous vous enregistrez en ligne via FranceConnect sur le portail eRPPS, auprès de votre ARS. Vous recevez un numéro RPPS : un identifiant national, unique et pérenne, qui vous suivra quel que soit votre lieu d'exercice.
L'enregistrement du diplôme reste obligatoire avant tout exercice. Ce numéro RPPS est le sésame de toutes les démarches suivantes.
Étape 2 — CPAM : enregistrement, conventionnement et carte CPS
Une fois enregistrée au RPPS, déclarez votre activité libérale auprès de l'Assurance Maladie : le portail eRPPS transmet un flux d'informations à votre CPAM, puis vous finalisez votre installation avec elle (la prise de contact est à faire le plus rapidement possible après le diplôme).
Lors de ce processus :
- vous adhérez à la convention nationale des orthophonistes, qui vous engage à respecter les tarifs conventionnels. Repère utile pour vos prévisionnels : depuis le 23 février 2026 (entrée en vigueur de l'avenant 21), la lettre-clé AMO vaut 2,60 € en métropole (2,72 € dans les DROM) ;
- la commande de votre carte CPS (carte de professionnel de santé) est déclenchée — c'est elle qui vous permettra de télétransmettre ;
- la CPAM vous informe de votre affiliation au régime maladie des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés (PAMC).
Étape 3 — Guichet unique INPI et URSSAF
Depuis 2023, toutes les déclarations de début d'activité passent par le guichet unique des formalités d'entreprises, géré par l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). Une seule déclaration en ligne, et le guichet transmet vos informations aux organismes concernés (URSSAF, services fiscaux…) ; c'est elle qui crée votre entreprise individuelle et vous attribue un numéro SIRET.
À l'URSSAF, vos cotisations de praticienne et auxiliaire médicale conventionnée (allocations familiales, CSG-CRDS, contribution formation…) seront calculées sur vos bénéfices, avec des appels provisionnels les deux premières années.
Étape 4 — CARPIMKO : votre retraite et prévoyance
L'affiliation à la CARPIMKO (caisse de retraite et de prévoyance des auxiliaires médicaux, dont les orthophonistes) est obligatoire. Elle se fait via le guichet unique INPI : les informations sont transmises automatiquement, et l'affiliation prend effet le 1er jour du trimestre civil suivant votre début d'activité (un début le 3 avril = affiliation au 1er juillet). Vous recevez ensuite votre certificat d'affiliation par courrier. Anticipez ces cotisations dans votre trésorerie : elles arrivent avec un décalage et surprennent beaucoup de primo-installées.
Étape 5 — Assurance RCP et compte bancaire
La responsabilité civile professionnelle (RCP) est légalement obligatoire pour tout professionnel de santé exerçant à titre libéral (article L.1142-2 du code de la santé publique). Souscrivez-la avant de recevoir votre premier patient. Ajoutez-y une assurance multirisque pour le local, et idéalement une prévoyance complémentaire (les indemnités journalières CARPIMKO ne couvrent pas tout).
Compte bancaire : ouvrez un compte dédié à votre activité dès le départ. Ce n'est une obligation légale stricte qu'en micro-entreprise au-delà de 10 000 € de recettes deux années consécutives (loi PACTE), mais la séparation des flux est vivement recommandée dans tous les cas — votre comptable et un éventuel contrôle URSSAF vous remercieront.
Zonage et aides : jusqu'à 30 000 € en zone très sous-dotée
La convention nationale (avenant 16 et suivants) prévoit des contrats incitatifs pour les zones sous-denses définies par l'ARS :
- CAPIOP (contrat d'aide à la première installation) : jusqu'à 30 000 € sur 5 ans — 12 750 € par an les deux premières années, puis 1 500 € par an les trois suivantes ;
- CAIOP (contrat d'aide à l'installation) : jusqu'à 19 500 € sur 5 ans ;
- CAMOP (contrat d'aide au maintien) : 1 500 € par an.
En contrepartie, vous vous engagez notamment à exercer plusieurs années dans la zone et à y réaliser une part majoritaire de votre activité conventionnée. Une option « maître de stage » peut ajouter 200 € par mois en cas d'accueil d'étudiante stagiaire. Les contours exacts (zones éligibles, conditions, cumuls) varient selon les régions et évoluent : vérifiez systématiquement auprès de votre CPAM et de votre ARS avant de signer un bail.
Le local : bail, ERP et accessibilité
Un cabinet d'orthophonie est un établissement recevant du public (ERP), généralement de 5e catégorie, avec des obligations d'accessibilité aux personnes en situation de handicap et de sécurité. Avant de signer :
- vérifiez la conformité accessibilité ou les travaux nécessaires (des dérogations existent pour les bâtiments anciens, sur dossier) ;
- privilégiez un bail professionnel (6 ans minimum) et faites-le relire ;
- pensez acoustique et salle d'attente : vos bilans exigent du calme.
L'équipement : du matériel de bilan au numérique
Côté matériel, prévoyez vos batteries de tests étalonnés (achetées auprès des éditeurs — comptez un budget initial significatif), du matériel de rééducation, et un poste informatique fiable.
Côté numérique, deux briques distinctes à ne pas confondre :
- La facturation et la télétransmission : un logiciel agréé SESAM-Vitale et un lecteur de cartes bi-fente (carte CPS + carte Vitale) sont indispensables pour télétransmettre vos feuilles de soins à l'Assurance Maladie.
- La rédaction et l'organisation clinique : c'est là que se joue votre temps. Le bilan orthophonique reste le poste le plus chronophage du libéral ; des outils dédiés comme OrthoVox — qui assiste la rédaction des bilans avec une IA hébergée en France, en complément (et non en remplacement) de votre logiciel de télétransmission — permettent d'en réduire fortement la durée de rédaction.
Pour structurer l'ensemble de votre boîte à outils numérique, voyez notre guide : équiper numériquement son cabinet d'orthophonie.
Comptabilité : BNC, 2035 et adhésion à une AGA
En libéral, vos revenus relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC). Au régime de la déclaration contrôlée, vous tenez une comptabilité de trésorerie (recettes-dépenses) et déposez chaque année une déclaration 2035. L'adhésion à une association de gestion agréée (AGA) n'a plus l'impact fiscal d'autrefois (la majoration de 25 % pour les non-adhérents a été supprimée), mais elle peut encore offrir un accompagnement utile et, sous conditions de recettes, une réduction d'impôt pour frais de comptabilité. Beaucoup de consœurs délèguent à un expert-comptable spécialisé en professions de santé : coût déductible, sérénité garantie la première année.
Les premières semaines : patientèle et prescripteurs
Votre patientèle viendra principalement des prescripteurs : présentez-vous aux médecins généralistes, pédiatres, ORL et neurologues du secteur, ainsi qu'aux écoles, PMI et CMP voisins. Inscrivez-vous sur les annuaires (Annuaire santé d'ameli, Santé.fr) et soignez votre répondeur : la liste d'attente se remplit vite, autant organiser dès le départ une gestion claire des demandes.
FAQ
Les orthophonistes ont-ils encore un numéro ADELI en 2026 ?
Non. Depuis la bascule du 11 octobre 2024, le répertoire ADELI est caduc pour les orthophonistes : le numéro RPPS est l'identifiant unique de référence. Les nouvelles diplômées s'enregistrent directement en ligne via FranceConnect auprès de leur ARS.
Peut-on s'installer librement en zone très dotée ?
Oui, à la date de rédaction : il n'existe pas de restriction conventionnelle à l'installation des orthophonistes en zone très dotée. En revanche, les aides à l'installation (CAPIOP, CAIOP, CAMOP) sont réservées aux zones sous-denses définies par l'ARS.
Quel est le montant de l'aide à la première installation ?
Le CAPIOP peut atteindre 30 000 € sur 5 ans (12 750 €/an les deux premières années, puis 1 500 €/an pendant trois ans) en zone très sous-dotée, sous conditions d'engagement dans la zone. Vérifiez l'éligibilité de la commune visée auprès de votre CPAM.
Combien coûte une séance d'orthophonie depuis l'avenant 21 ?
Les actes sont cotés en AMO selon la NGAP. Depuis le 23 février 2026, la lettre-clé AMO vaut 2,60 € en métropole (2,72 € dans les DROM) : le tarif d'un acte = coefficient × 2,60 €.
L'assurance RCP est-elle vraiment obligatoire ?
Oui. Tout professionnel de santé libéral doit être couvert par une assurance de responsabilité civile professionnelle (article L.1142-2 du code de la santé publique). Exercer sans RCP vous expose à des sanctions et à un risque financier personnel majeur.
Sources
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