title: "Liste d'attente en orthophonie : prioriser ses patients sans s'épuiser"
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excerpt: "Des dizaines de familles en attente, des prescripteurs qui relancent, la culpabilité qui s'installe. Ce que disent les chiffres, les critères cliniques sur lesquels s'appuyer pour prioriser, ce que change Allo Ortho depuis avril 2026 et la majoration de l'avenant 21, puis comment organiser l'attente et dire non sans faute."
category: "pratique-clinique"
tags: ["liste d'attente", "priorisation", "Allo Ortho", "PPSO", "avenant 21", "organisation cabinet", "charge mentale", "orthophonie"]
seo_title: "Liste d'attente en orthophonie : prioriser sans s'épuiser"
seo_description: "Critères cliniques pour prioriser, Allo Ortho et la majoration de 20 € de l'avenant 21, organisation de l'attente, refus de soins : ce que disent les textes."
Le répondeur est plein avant 9 heures. Une maman rappelle pour la troisième fois, un médecin a écrit « urgent » sur l'ordonnance, et votre liste compte plus de noms que de créneaux jusqu'à l'été. Reste à savoir dans quel ordre recevoir, et comment tenir sans y laisser votre sommeil.
La réponse courte
Travailler davantage ne videra pas votre liste. Quatre gestes la rendent tenable :
- prioriser sur des critères cliniques écrits ;
- vous appuyer sur Allo Ortho, dispositif national de régulation et de liste d'attente commune depuis le 1er avril 2026 ;
- organiser l'attente pour que chaque famille sache où elle en est ;
- assumer de dire non, dans le cadre du code de la santé publique.
Pourquoi la liste ne se vide pas
La profession grandit. Selon l'Assurance Maladie, on dénombrait 21 763 orthophonistes libérales conventionnées au 31 décembre 2024, dont 869 installées dans l'année. L'effectif est passé de 10 400 en 2000 à environ 21 800 en 2024, et la densité de 17,1 à 31,7 orthophonistes pour 100 000 habitants.
Deux nuances :
- Le rythme a ralenti. La FNO calcule une progression de 1,2 % par an en moyenne sur 2018-2024 pour les libérales, qu'elle qualifie de « stagnation préoccupante ».
- La répartition est inégale. La densité est plus forte à La Réunion, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Occitanie, plus faible notamment en Bourgogne-Franche-Comté.
La proposition de loi « visant à renforcer la démographie professionnelle des orthophonistes » a été déposée à l'Assemblée nationale le 3 décembre 2024 et adoptée en première lecture le 3 avril 2025. Elle attend son examen au Sénat.
Prioriser sur des critères cliniques, pas sur l'ordre d'arrivée
L'ordre d'arrivée est simple à tenir et difficile à défendre. Un enfant de 3 ans inintelligible et un suivi sans enjeu fonctionnel immédiat n'appellent pas le même délai.
Ce que disent les recommandations
Le langage oral du jeune enfant. Les recommandations de l'ANAES (devenue HAS) de mai 2001 partent d'un constat : une proportion élevée d'enfants présentant un retard de langage entre 3 et 5 ans n'en présentent plus quelques mois ou quelques années plus tard, même sans prise en charge particulière, sans qu'on puisse prédire cliniquement l'évolution. Les indications sont donc graduées par âge :
- Entre 3 et 4 ans, bilan indiqué en cas d'absence de langage intelligible pour les personnes non familières, d'absence de structure grammaticale (trois mots dont un verbe associés à 3 ans) ou de troubles de la compréhension. Avant 4-5 ans, une prise en charge est jugée nécessaire en cas d'inintelligibilité, d'agrammatisme ou de trouble de la compréhension.
- Entre 4 et 5 ans, le bilan peut être indiqué même pour un retard moins sévère. Si le retard porte uniquement sur l'aspect phonologique de l'expression, sans trouble de la compréhension, une simple surveillance « paraît justifiée », avec réexamen six mois plus tard.
- À 5 ans, le bilan est justifié devant tout trouble du langage authentifié par un dépistage. La persistance d'un trouble du langage, en particulier phonologique, peut gêner considérablement l'apprentissage de la lecture au début du primaire.
La déglutition après un AVC. Les recommandations de 2002 sur la prise en charge initiale de l'AVC prévoient, quand l'état de vigilance le permet, une évaluation de la déglutition au cours des 24 premières heures, au lit du patient, par un soignant entraîné. Tout patient présentant des troubles à ce premier test doit ensuite être examiné, sur prescription médicale, par l'orthophoniste ou le masseur-kinésithérapeute formé, et bénéficier « très rapidement » d'une rééducation.
Pour la suite, la HAS a publié en juillet 2022 des recommandations sur la rééducation à la phase chronique de l'AVC (à partir de six mois après l'accident), qui traitent notamment de l'aphasie.
Notre grille, à adapter
Cette grille n'est pas une norme officielle. Elle mêle des situations tirées des recommandations ci-dessus (marquées †) et des exemples qui relèvent de votre jugement clinique. Les délais visés sont des choix d'organisation. Son intérêt est d'exister par écrit : des décisions cohérentes et explicables.
| Niveau | Situations typiques | Délai visé |
|---|
| Haute | Troubles de la déglutition † ; enfant de 3-4 ans sans langage intelligible, sans structure grammaticale ou avec trouble de la compréhension † ; aphasie post-AVC récente ; pathologie neurologique évolutive | Le plus tôt possible, quitte à orienter d'autres demandes |
| Intermédiaire | Trouble du langage persistant à 5 ans † ; trouble du langage écrit avec retentissement scolaire marqué | Quelques mois, avec conseils en attendant |
| Standard | Retard uniquement phonologique entre 4 et 5 ans, sans trouble de la compréhension, en surveillance † ; demandes sans enjeu fonctionnel immédiat | Liste classique, recontact périodique |
Trois garde-fous. Ne jamais prioriser sur un critère non clinique (insistance, proximité, relation avec le prescripteur). Réévaluer, car une situation « standard » peut changer. Noter en deux lignes pourquoi une demande passe devant.
Allo Ortho : le tri n'est plus seulement le vôtre
Depuis le 1er avril 2026, Allo Ortho est le dispositif national de référence pour la régulation et la gestion de la liste d'attente commune en orthophonie, financé par l'Assurance Maladie. Le site allo-ortho.com réunit trois étages :
- un site d'information grand public géré par des orthophonistes ;
- une régulation téléphonique : la famille échange avec une orthophoniste qui, après l'entretien, détermine si un bilan est nécessaire ;
- une liste d'attente commune nationale, où le patient est inscrit sans avoir à contacter plusieurs cabinets.
Selon le livret FNO 2026, les usagers régulés peuvent bénéficier de conseils de prévention personnalisés à 3 et 6 mois, et ceux qui le souhaitent peuvent s'inscrire directement sur la liste, sans régulation préalable.
Ce que l'avenant 21 a ajouté
L'avenant 21 à la convention nationale, conclu le 23 juillet 2025, a intégré la plateforme prévention et soins en orthophonie (PPSO) au dispositif conventionnel, dont elle devient « une composante officielle » selon la FNO. Ses mesures sont entrées en vigueur le 23 février 2026.
| Rôle | Ce que prévoit l'avenant 21 |
|---|
| Régulatrice | 200 € par créneau de 3 heures de régulation ; au maximum 2 créneaux par mois par orthophoniste, pour faire tourner les équipes |
| Effectrice | Majoration MSO de 20 € sur le bilan d'un patient qualifié « urgent » lors de la régulation ; 10 par an au maximum par orthophoniste |
Pour facturer la majoration, quatre conditions cumulatives :
- être inscrite sur la liste d'adressage gérée par la PPSO ;
- le patient a été régulé et orienté par la plateforme ;
- le recevoir au plus tard 3 mois après l'adressage ;
- s'engager à assurer la continuité des soins à l'issue du bilan.
Un patient inscrit directement sur la liste commune, sans régulation, n'ouvre donc pas droit à la majoration. La FNO indique que les patients qualifiés urgents par la régulation portent un badge visible sur la liste.
Une disposition transitoire vise les patients qualifiés « urgents » par la régulation « dans l'année civile précédant l'entrée en vigueur du dispositif » et non pris en charge dans ce délai : la majoration peut être facturée pour eux jusqu'à un an après l'entrée en vigueur. La FNO présente cette fenêtre comme allant du 1er janvier 2025 au 23 février 2026. Les deux lectures ne coïncident pas : en cas de doute sur un dossier, interrogez votre CPAM.
Le gain est surtout organisationnel : l'urgence est évaluée par une consœur régulatrice, et vous n'arbitrez plus seule entre la famille en larmes et celle qui attend en silence depuis huit mois.
Organiser l'attente au quotidien
Un recontact régulier et court
Sans nouvelles, les familles s'inquiètent et relancent. Un message tous les trois à six mois peut suffire : « Vous êtes toujours sur ma liste. Le délai estimé reste de X mois. Si vous avez trouvé une prise en soin ailleurs, dites-le-moi. »
Annoncer le principe
Annoncer la règle évite de justifier chaque cas, et de parler des autres patients : « Je reçois selon des critères cliniques, pas selon l'ordre d'inscription. » Une phrase sur votre répondeur suffit ; la grille détaillée reste interne.
Orienter plutôt que faire attendre
Si le délai est incompatible avec la situation, orientez : Allo Ortho, consœurs récemment installées, services hospitaliers. En cas de suspicion de trouble du neurodéveloppement, les plateformes de coordination et d'orientation (PCO) accueillent les moins de 12 ans (plateformes 0-6 ans et 7-12 ans), sur orientation d'un médecin. Les soins de certains professionnels y sont financés par des forfaits ; les orthophonistes, elles, restent conventionnées directement avec l'Assurance Maladie.
Des conseils en attendant
Les recommandations de 2001 citent « guidance parentale et/ou rééducation orthophonique » parmi les axes de la prise en charge avant 4-5 ans. Elles créditent des programmes d'éducation et d'accompagnement parental d'une efficacité sur la pauvreté du vocabulaire, et notent que les troubles expressifs phonologiques et syntaxiques « bénéficieraient plus d'une rééducation orthophonique ». Elles ne parlent pas de la période d'attente : une fiche d'étayage remise à l'inscription est une idée pratique, pas une recommandation.
Dire non sans faute
L'article L1110-3 du code de la santé publique interdit les refus de soins discriminatoires : un professionnel de santé ne peut refuser de soigner une personne pour l'un des motifs de discrimination du code pénal, ni parce qu'elle bénéficie de la protection complémentaire en matière de santé ou de l'aide médicale de l'État. Hors le cas d'urgence et celui où le professionnel manquerait à ses devoirs d'humanité, le même article admet un refus fondé sur une « exigence personnelle ou professionnelle essentielle et déterminante de la qualité, de la sécurité ou de l'efficacité des soins ». Il rappelle enfin que « la continuité des soins doit être assurée quelles que soient les circonstances ».
Ce texte encadre le motif d'un refus ; il ne traite pas de la tenue d'une liste d'attente. Une grille clinique écrite, appliquée à toutes les demandes, ne repose sur aucun des motifs qu'il interdit. À notre sens, fermer temporairement sa liste en renvoyant vers Allo Ortho est plus honnête qu'une liste de deux ans qui donne l'illusion d'une prise en charge. Pour une situation précise, interrogez votre syndicat.
Se protéger de la charge mentale
Ce qui épuise, c'est moins le volume que le tri moral répété et la culpabilité de ne pas pouvoir aider. Écrire vos critères, vous appuyer sur la régulation, préparer vos messages types : une décision émotionnelle prise cent fois devient un processus posé une fois.
Le temps clinique ne se compresse pas ; celui de la rédaction des comptes rendus, un peu. Trames structurées, dictée, outils d'aide à la rédaction : les méthodes sont détaillées dans notre guide pour rédiger ses bilans plus rapidement. Un logiciel comme OrthoVox s'inscrit dans cette logique : à partir des résultats saisis, l'IA propose un premier texte pour chaque section du compte rendu, que vous relisez et corrigez ; le temps gagné est du temps clinique rendu à la liste d'attente.
FAQ
Suis-je obligée d'accepter tous les patients qui me sollicitent ?
L'article L1110-3 du code de la santé publique interdit les refus de soins discriminatoires ; il ne traite pas de la gestion d'une liste d'attente. Ne laissez pas pour autant une demande sans réponse : orientez, par exemple vers Allo Ortho.
Comment fonctionne la majoration pour bilan urgent ?
Depuis le 23 février 2026, une orthophoniste inscrite sur la liste d'adressage de la PPSO peut facturer une majoration MSO de 20 € sur le bilan d'un patient qualifié « urgent » par la régulation et orienté par la plateforme, à condition de le recevoir dans les 3 mois suivant l'adressage et d'assurer la continuité des soins. Dix majorations par an au maximum. Un patient inscrit sur la liste sans régulation n'y ouvre pas droit.
Des conseils aux parents peuvent-ils remplacer le bilan pendant l'attente ?
Non. Les recommandations de 2001 citent « guidance parentale et/ou rééducation orthophonique » comme axes d'une prise en charge, qui suppose un bilan. Une fiche de conseils aide à patienter ; elle ne remplace pas le bilan.
Sources
- Assurance Maladie, « Fiche PS – Année 2024 – Orthophonistes libéraux » : https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/2024_fiche_orthophonistes-liberaux.pdf
- FNO, livret 2026 (données démographiques ; régulation via allo-ortho.com) : https://fno.fr/wp-content/uploads/2026/03/LivretFno-2026-FINAL.docx-2.pdf
- Sénat, dossier législatif « Renforcer la démographie professionnelle des orthophonistes » : https://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl24-520.html
- ANAES, « L'orthophonie dans les troubles spécifiques du développement du langage oral chez l'enfant de 3 à 6 ans », mai 2001 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/Orthophrecos.pdf
- ANAES, « Prise en charge initiale des patients adultes atteints d'accident vasculaire cérébral – Aspects paramédicaux », juin 2002 : https://www.has-sante.fr/jcms/c_272250/fr/prise-en-charge-initiale-des-patients-adultes-atteints-d-accident-vasculaire-cerebral-aspects-paramedicaux
- HAS, « AVC : premières recommandations sur la rééducation à la phase chronique », juillet 2022 : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3344372/fr/avc-premieres-recommandations-sur-la-reeducation-a-la-phase-chronique
- URPS Orthophonistes Normandie, lancement du dispositif national Allo Ortho : https://infos.urps-orthophonistes-normandie.fr/allo-ortho-lancement-du-dispositif-national-de-reference-pour-lacces-aux-soins-en-orthophonie
- PPSO, le dispositif Allo Ortho : https://www.ppso-asso.org/notre-projet/
- Ameli, « Convention nationale : entrée en vigueur des mesures de l'avenant 21 le 23 février 2026 » : https://www.ameli.fr/orthophoniste/actualites/convention-nationale-entree-en-vigueur-des-mesures-de-l-avenant-21-le-23-fevrier-2026
- Légifrance, avis relatif à l'avenant n° 21 à la convention nationale des orthophonistes : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052178355
- FNO, page avenant 21 : https://fno.fr/avenant-21/
- FNO, « 20 € de plus pour chaque bilan urgent effectué via la liste d'attente Allo Ortho » : https://fno.fr/20e-de-plus-pour-chaque-bilan-urgent-effectue-via-la-liste-dattente-allo-ortho-une-avancee-conventionnelle-concrete-qui-profite-a-toutes-et-tous/
- Ministère chargé des personnes handicapées, les plateformes de coordination et d'orientation (PCO) : https://handicap.gouv.fr/les-plateformes-de-coordination-et-dorientation-pco
- Code de la santé publique, article L1110-3 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037950426
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