Fin de prise en charge en orthophonie : quand et comment arrêter la rééducation
Pratique Clinique

Fin de prise en charge en orthophonie : quand et comment arrêter la rééducation

Équipe OrthoVox28 octobre 20269 min de lecture
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Fin de prise en charge en orthophonie : quand et comment arrêter la rééducation

Il vient depuis deux ans, le mardi à 17 h. Il lit désormais les consignes seul en classe, les parents le disent, l'enseignante aussi. Pourtant, personne n'ose prononcer le mot « arrêt ». Les parents craignent une rechute, et vous hésitez à fermer la porte. Voici comment décider de la fin d'une prise en charge, l'annoncer et l'acter par écrit.

La réponse courte

La fin d'une rééducation orthophonique se pose dans trois situations : les objectifs sont atteints, la rééducation ne produit plus l'effet attendu (on revoit alors le projet, et souvent on réoriente), ou la patiente ou sa famille ne souhaite plus continuer. Dans tous les cas, la décision se prépare avec la patiente, la famille et le prescripteur, à partir des objectifs fixés au bilan. Elle se termine par un écrit : la NGAP prévoit qu'à la fin du traitement, une note d'évolution est adressée au prescripteur. Un arrêt n'est pas forcément définitif. Une reprise plus tard reste possible.

Ce que disent les textes

La NGAP. Elle fixe une obligation à la fin du traitement, pour le bilan avec rééducation si nécessaire comme pour le bilan d'investigation : une note d'évolution est adressée au prescripteur. Elle organise aussi les séances en séries. Pour de nombreux actes, la première série de 30 séances est renouvelable par séries de 20. Pour d'autres, la première série de 50 est renouvelable par séries de 50, et chaque renouvellement s'accompagne d'une note d'évolution au médecin prescripteur. Au-delà de 50 séances (100 pour ces derniers actes), la rééducation ne continue que si elle « doit être poursuivie » : l'orthophoniste demande alors au prescripteur la prescription d'un bilan de renouvellement. Ce seuil est donc un point de décision naturel.

Le guide de la HAS sur les TSLA. Pour les enfants avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages, le guide de 2017 donne un critère d'arrêt de la rééducation : l'atteinte des objectifs. Pour le langage écrit, il cite par exemple une précision et une vitesse de lecture suffisantes pour comprendre un texte de son niveau, et une transcription lisible en situation scolaire. Ce guide place le premier niveau de soins sous la responsabilité du médecin de l'enfant. Le rééducateur peut être référent par délégation. Dans ce cadre, l'arrêt se décide en lien avec le médecin.

Une limite reconnue par la HAS. En 2017, le même guide rangeait encore parmi les pistes de travail la recherche visant à « définir des critères d'arrêt ou de pause ». Il n'offrait donc pas de grille qui dirait, pour chaque trouble, quand s'arrêter. Le jugement clinique reste central, et il doit s'appuyer sur des objectifs écrits.

Le Code de la santé publique. L'article L1111-4 pose que « toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement ». Le consentement aux soins « peut être retiré à tout moment ». Pour un mineur, son consentement doit être systématiquement recherché s'il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision.

Trois situations qui posent la question de l'arrêt

SituationSignes typiquesPistes
Objectifs atteintsCritères du projet remplis, impact faible sur la vie quotidienne ou la scolaritéProposer une date d'arrêt, prévoir une éventuelle réévaluation, en informer le prescripteur
Plus d'effet attenduMesures stables d'une série à l'autre, limitation persistanteRevoir le projet avec le prescripteur, envisager une réorientation
Désengagement ou refusAbsences répétées, demande d'arrêt de la famille ou de la patienteEn parler, faire le point sur ce qui reste fragile, tracer la décision

Les objectifs sont atteints

C'est la situation la plus simple, à condition d'avoir écrit des objectifs mesurables au départ. Reprenez chaque objectif et sa mesure. Si les critères sont remplis et que la difficulté ne gêne plus, l'arrêt se justifie.

Le guide HAS TSLA décrit ce cas : face à des progrès conformes aux objectifs et à un impact minime du trouble, il propose de décider d'une date d'arrêt. Il y ajoute une date de réévaluation éventuelle, pour vérifier la stabilité des acquis. Il précise aussi que l'enfant peut ne plus avoir besoin d'aménagements de scolarité ou d'examen lorsque le soin a été suffisant.

La rééducation ne produit plus l'effet attendu

Chez un enfant avec TSLA, des séances qui se répètent sans changement mesurable doivent alerter. Le guide HAS TSLA prévoit, en l'absence d'évolution notable, une orientation vers une équipe de niveau 2. Il cite notamment la découverte en cours de route d'un trouble associé : un autre trouble des apprentissages, un TDAH, un trouble psychique. Il mentionne aussi le niveau 3 (centre de référence) en l'absence de progression, ou en cas de difficulté à confirmer le diagnostic ou à fixer les objectifs.

Dans ce cas, l'arrêt de votre rééducation n'est pas un abandon. C'est une réorientation, à construire avec le médecin et à expliquer comme telle à la famille.

Attention : l'absence de progrès n'est pas toujours un motif d'arrêt. La NGAP prévoit des séances de « rééducation et/ou maintien et/ou adaptation » pour les patients atteints de pathologies neurologiques ou neuro-dégénératives. Là, stabiliser ou ralentir une perte est un objectif en soi. La question à poser est donc : les objectifs fixés sont-ils encore pertinents et atteignables ?

La patiente ou la famille se désengage

Absences, retards, exercices jamais repris à la maison : le désengagement se voit souvent avant d'être dit. Abordez-le directement. Demandez ce qui a changé : emploi du temps, coût du transport, lassitude de l'enfant, sentiment que « ça suffit ».

Le Code de la santé publique reconnaît à toute personne le droit de refuser un traitement. Si l'arrêt est demandé, votre rôle est d'expliquer ce qui a été acquis, ce qui reste fragile, et les signes qui devraient amener à reconsulter. Notez cet échange dans le dossier. Si l'arrêt vous paraît risqué pour un enfant, parlez-en au médecin prescripteur.

Arrêt ou pause

Le guide HAS TSLA prévoit, dans les équipes de niveau 2, des notes d'évolution pour décider du renouvellement ou non, ou « faire une pause thérapeutique » quand c'est nécessaire. Il mentionne aussi, à propos du délai avant le bilan de renouvellement, l'éventualité de « fenêtres thérapeutiques », sans les définir.

En pratique, une pause peut servir à vérifier que les acquis tiennent sans séances, ou à soulager un enfant saturé avant une période chargée. Notre conseil : fixez-lui une durée et un point de contrôle, et informez-en le prescripteur. Sinon, elle devient un arrêt qui ne dit pas son nom.

Le guide rappelle enfin qu'une reprise ultérieure de la rééducation peut s'avérer nécessaire, par exemple quand les exigences scolaires augmentent. Le dire aux parents rassure : arrêter n'est pas fermer la porte.

Préparer la fin avec la patiente et la famille

Un arrêt annoncé à la dernière séance est souvent mal vécu. Quelques repères pratiques :

  • Annoncez tôt. Évoquez la fin dès que les objectifs se rapprochent, par exemple avant le seuil du bilan de renouvellement ou quelques séances avant la fin d'une série.
  • Appuyez-vous sur les objectifs écrits. Montrer le chemin parcouru, critère par critère, rend la décision concrète.
  • Donnez des signes d'alerte. Indiquez aux parents ce qui devrait les amener à reconsulter.
  • Associez l'enfant. Selon son âge, demandez-lui son avis : le Code de la santé publique prévoit de rechercher le consentement du mineur apte à participer à la décision.
  • Tracez la décision. Une ligne dans le dossier : date, qui a décidé, motif, suites prévues.

La note d'évolution de fin de traitement

La NGAP impose cette note mais n'en fixe pas le contenu. Une structure courte suffit au prescripteur :

RubriqueContenu
RappelMotif de la prescription, date du bilan, nombre de séances réalisées
ÉvolutionPour chaque objectif : atteint, partiellement atteint ou non atteint, avec la mesure
Motif de l'arrêtObjectifs atteints, absence d'évolution, choix de la patiente ou de la famille
SuitesRéévaluation éventuelle, orientation proposée, signes devant amener à reconsulter

Si vous avez chiffré vos mesures en écart-type (ET) au bilan, reprenez la même épreuve pour que la comparaison ait un sens. Si l'objectif portait sur une situation de vie, décrivez cette situation.

FAQ

Faut-il un bilan de renouvellement pour arrêter la rééducation ?

Non. La NGAP prévoit le bilan de renouvellement quand la rééducation « doit être poursuivie » au-delà de 50 séances (100 pour certains actes). Pour arrêter, elle demande une note d'évolution adressée au prescripteur à la fin du traitement.

Peut-on arrêter si les parents veulent continuer ?

Aucun texte ne tranche ce désaccord. Au bilan, c'est vous qui proposez les objectifs, le nombre et la nature des séances. Si les objectifs sont atteints, expliquez-le, mesures à l'appui, et proposez une réévaluation à distance. Si une autre prise en charge vous semble plus utile, parlez-en au prescripteur.

Que faire quand une patiente ne vient plus, sans prévenir ?

Tentez de la recontacter et notez vos démarches dans le dossier. La NGAP ne dit pas si un abandon compte comme une « fin du traitement ». Par prudence, adresser une note d'évolution au prescripteur reste la meilleure façon de clore le dossier proprement.

Peut-on reprendre la rééducation après un arrêt ?

Oui. Le guide HAS TSLA rappelle qu'une reprise ultérieure peut être nécessaire, selon les difficultés ou l'accroissement des exigences scolaires. Le cadre de la reprise dépend de la situation : en cas de doute, rapprochez-vous du médecin qui suit la patiente.

Sources


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