Restitution du bilan orthophonique : conduire l'entretien avec les parents
Pratique Clinique

Restitution du bilan orthophonique : conduire l'entretien avec les parents

Équipe OrthoVox1 octobre 202611 min de lecture
Partager

Restitution du bilan orthophonique : conduire l'entretien avec les parents

Le bilan est terminé, le compte rendu presque prêt. Les parents s'assoient en face de vous et demandent : « Alors, il est dyslexique ? » En vingt minutes, il faut expliquer des résultats, nommer un trouble, proposer un projet et répondre à l'inquiétude. Voici une méthode pour que ce moment serve vraiment la famille.

La réponse courte

La restitution d'un bilan orthophonique est un entretien d'information. Le Code de la santé publique la rend obligatoire pour tout professionnel de santé, dans son champ de compétences. Pour un enfant, l'information va aux titulaires de l'autorité parentale, et l'enfant reçoit aussi une information adaptée à sa maturité. Un entretien réussi suit cinq temps : partir de ce que la famille sait et attend ; présenter les résultats hiérarchisés, en mots simples ; nommer le diagnostic orthophonique ; proposer la suite en expliquant vos raisons ; vérifier ce qui a été compris. Le compte rendu écrit complète l'entretien, il ne le remplace pas.

Ce que disent les textes

L'obligation d'informer. L'article L1111-2 du Code de la santé publique pose que « toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé ». Il précise : « Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences ». Et : « Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. »

Le cas de l'enfant. Pour un mineur, ce sont les titulaires de l'autorité parentale ou le tuteur qui reçoivent l'information. Le même article ajoute que les mineurs ont le droit de la recevoir eux-mêmes et de participer aux décisions, d'une manière adaptée à leur maturité.

Les recommandations de la HAS. La loi confie à la HAS l'écriture des bonnes pratiques de l'information. Sa recommandation de mai 2012, « Délivrance de l'information à la personne sur son état de santé », vise tous les professionnels de santé, orthophonistes nommément compris. C'est la base de la méthode ci-dessous.

Le compte rendu écrit. La NGAP prévoit qu'à l'issue du bilan, un compte rendu indiquant le diagnostic orthophonique est adressé au prescripteur. Sa remise à la famille relève du droit d'accès, traité plus bas.

Avant l'entretien : trois points à régler

Qui vient ? La HAS distingue plusieurs cas. Si les deux parents sont présents, vous leur délivrez l'information, après avoir vérifié en cas de doute qu'ils sont bien titulaires de l'autorité parentale. Si un seul parent est présent alors que les deux sont titulaires, la HAS recommande de lui exposer la nécessité d'informer l'autre, en particulier quand le couple est séparé. Si l'enfant vient avec une personne qui n'est pas titulaire (grand-parent, nounou), elle ne reçoit que l'information « strictement utile et nécessaire », et l'entretien est à compléter avec les parents.

Le temps. Le guide HAS « Annoncer une mauvaise nouvelle » ne fixe pas de durée idéale. Il parle de disponibilité : un créneau suffisamment long, un entretien court si la personne est sidérée, plus long si elle pose des questions. Prévoyez un rendez-vous dédié plutôt qu'un point en fin de séance.

Vos trois messages. Avant d'entrer, formulez en une phrase chacun : ce que vous avez trouvé, ce que cela change au quotidien, ce que vous proposez. Si vous n'arrivez pas à les dire simplement, la famille ne pourra pas les retenir.

L'entretien en cinq temps

1. Partir de ce que la famille sait

Le guide HAS de 2008 recommande de chercher d'abord ce que la personne attend de la consultation, ce qu'elle a déjà entendu et compris, ce qu'elle souhaite savoir aujourd'hui. Une question ouverte suffit : « Qu'est-ce qui vous inquiète le plus depuis la dernière fois ? » Vous saurez si la famille arrive avec un mot en tête, lu sur Internet ou entendu à l'école.

2. Présenter les résultats, hiérarchisés

La HAS demande une information « synthétique, hiérarchisée, compréhensible par la personne et personnalisée ». En pratique : deux ou trois domaines, pas vingt subtests. Commencez par ce qui répond à la plainte. Nommez aussi les points forts : ils servent le projet de soin.

Pour les chiffres, vous pouvez traduire l'écart-type en percentile, par exemple : « sur 100 enfants de son âge, environ 5 lisent moins vite que lui ». Notre article sur l'interprétation des scores détaille les correspondances. Évitez le jargon : le guide de 2008 range le « discours hermétique » parmi les mécanismes de défense du soignant, qui empêchent un vrai dialogue.

3. Nommer le diagnostic

C'est le moment le plus attendu. Nommez le trouble clairement, avec sa sévérité, puis expliquez le mot. Pour la formulation écrite, voir nos exemples de conclusions de bilan.

Exemple fictif, à l'oral : « Les résultats montrent un trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture, ce qu'on appelle couramment une dyslexie. Il est d'intensité modérée. Cela veut dire que la lecture lui demande beaucoup plus d'effort qu'aux autres enfants. Ce n'est pas un manque de travail, ni un manque d'intelligence. »

Quand le bilan est dans la norme, dites-le aussi clairement. Puis expliquez, si vous le pouvez, ce qui peut rendre compte de la plainte.

4. Proposer la suite, et dire pourquoi

La recommandation de 2012 demande au professionnel d'indiquer « la proposition qui a sa préférence, en expliquant ses raisons ». Elle demande aussi de présenter les alternatives quand elles existent, et de proposer si nécessaire un second avis. Pour un projet de rééducation : les objectifs, le rythme envisagé, ce que la famille peut faire à la maison. Le guide de 2008 conseille de proposer des objectifs à court terme et un « espoir réaliste ».

5. Vérifier ce qui a été compris

Selon la HAS, le professionnel s'assure que la personne a compris, « par exemple en lui demandant de dire ce qu'elle a compris ». Le guide de 2008 résume : « L'important c'est ce qui est compris, pas ce qui est dit. » Terminez en proposant un autre entretien si de nouvelles questions surgissent, comme le prévoit la recommandation de 2012.

Annoncer un trouble sans l'adoucir ni l'alourdir

Le guide HAS de 2008 définit la mauvaise nouvelle comme une nouvelle qui change radicalement et négativement l'idée que la personne se fait de son avenir. Elle peut porter sur un diagnostic, mais aussi sur ses conséquences, « à type, par exemple, de handicap ou de déficience ». Le guide vise d'abord les maladies graves, mais certaines familles vivent ainsi le diagnostic de leur enfant. Trois écueils décrits par la HAS se retrouvent en cabinet :

  • La fausse réassurance : présenter les résultats sous un jour trop favorable et entretenir un espoir artificiel. Le guide note qu'elle crée un décalage entre ce que vit la personne et ce que dit le soignant.
  • La fuite en avant : tout dire, tout de suite. Sous le coup de l'émotion, note le guide, la personne n'entend souvent qu'une petite partie de ce qui est dit : c'est la sidération.
  • La banalisation : « Beaucoup d'enfants ont ça. » C'est peut-être vrai, mais la famille peut ne pas se sentir entendue.

Le guide recommande une information progressive, répétée et sincère : « ne rien dire qui ne soit vrai ». La recommandation de 2012 va dans le même sens : l'information est souvent délivrée « de façon progressive et en plusieurs fois ».

La place de l'enfant ou de l'adolescent

L'erreur courante est de parler de l'enfant devant lui, sans jamais s'adresser à lui. Le guide de 2008 la décrit comme « l'oubli, lors de l'échange, de la principale personne concernée ». Il suggère d'annoncer d'abord aux parents, puis directement à l'enfant en présence des parents.

La recommandation de 2012 ajoute qu'il peut être proposé, selon l'âge, qu'une partie de l'entretien se fasse avec l'enfant seul. Avec un adolescent, pensez à le lui proposer. Pour un enfant plus jeune, des mots simples suffisent : « Tu n'es pas nul en lecture. Ton cerveau a besoin d'une autre méthode, et on va la chercher ensemble. »

Avec un patient adulte

Pour un adulte (aphasie, bégaiement, maladie neurodégénérative), c'est lui qui reçoit l'information. S'il vient accompagné, la HAS recommande de s'assurer qu'il souhaite la présence de l'accompagnant, et de lui proposer qu'une partie de l'entretien se fasse en tête à tête, sauf s'il s'y oppose.

La recommandation de 2012 touche ici directement l'orthophonie. Pour une personne en situation de handicap sensoriel (surdité) ou moteur (dysarthries), sans altération cognitive, elle recommande de faire appel à un assistant de communication. Pour une personne étrangère, elle recommande si possible un interprète.

Un majeur protégé reçoit lui-même l'information, d'une manière adaptée à sa capacité de compréhension. L'article L1111-2, dans sa version en vigueur depuis le 28 mai 2026, distingue deux cas. La personne chargée d'une mesure de protection avec représentation relative à la personne reçoit également l'information. Celle chargée d'une mesure avec assistance peut la recevoir si le majeur protégé y consent expressément. Vérifiez donc la nature de la mesure. Sur ce point, la recommandation HAS de 2012, antérieure, n'est plus à jour.

Remettre le compte rendu

La recommandation de 2012 est claire : l'information « est toujours orale ». L'écrit la complète, il ne la remplace pas. Mais les écrits dont parle la HAS sont des documents d'information génériques, du type brochure, pas le compte rendu de bilan.

Le compte rendu, lui, est une information de santé que la famille peut demander. L'article L1111-7 du Code de la santé publique prévoit une communication au plus tôt après un délai de réflexion de quarante-huit heures, et au plus tard huit jours après la demande. Ce délai passe à deux mois pour des informations de plus de cinq ans. Pour un mineur, ce droit d'accès est exercé par les titulaires de l'autorité parentale. Rien n'empêche de le remettre de vous-même, le jour de la restitution ou après.

Si le compte rendu est rédigé avant l'entretien, vous pouvez le parcourir avec la famille. Un logiciel d'aide à la rédaction comme OrthoVox permet d'avoir le document prêt ce jour-là.

Et si l'école demande le compte rendu ? L'article L1110-4 garantit à toute personne prise en charge le respect « du secret des informations la concernant ». Les échanges entre professionnels y sont réservés à ceux qui participent tous à la prise en charge, et aux informations strictement nécessaires à la coordination ou à la continuité des soins. Un enseignant n'est pas un professionnel de santé. Le plus prudent est donc de renvoyer la demande vers les parents, qui transmettent eux-mêmes ce qu'ils souhaitent.

Tracer l'entretien dans le dossier

La recommandation de 2012 demande que le dossier mentionne les informations majeures délivrées, par qui et à quelle date, ainsi que les difficultés éventuellement rencontrées. Elle précise que ces mentions suffisent comme preuve en cas de litige. Il n'y a donc pas lieu de faire signer une confirmation à la famille. Pour un mineur, le dossier garde la trace de l'information donnée aux parents comme à l'enfant.

Une courte note suffit : date, qui a délivré l'information, personnes présentes, diagnostic annoncé, projet proposé, difficultés rencontrées, questions restées ouvertes.

FAQ

Faut-il remettre le compte rendu de bilan aux parents ?

La NGAP impose de l'adresser au prescripteur, pas à la famille. Les parents d'un mineur peuvent en demander communication (article L1111-7), dans un délai de quarante-huit heures à huit jours. Rien ne vous empêche de le leur remettre spontanément.

Un seul parent vient à la restitution : que faire ?

Vous informez le parent présent. La HAS recommande de lui exposer la nécessité d'informer l'autre titulaire de l'autorité parentale, surtout en cas de séparation. Elle rappelle que la séparation des parents est sans incidence sur l'exercice de l'autorité parentale.

L'enfant doit-il assister à la restitution ?

Il a le droit de recevoir une information adaptée à sa maturité et de participer aux décisions qui le concernent (article L1111-2). Il n'a pas à tout entendre : annoncez d'abord aux parents, puis à l'enfant en leur présence (HAS, 2008). Selon son âge, un temps seul avec lui est possible (HAS, 2012).

Combien de temps prévoir pour l'entretien de restitution ?

La HAS ne fixe pas de durée : un créneau suffisamment long, adapté à la personne. Si la famille est sidérée, proposez un second entretien plutôt que de tout dire d'un coup.

Sources


OrthoVox est un logiciel Windows d'aide à la rédaction du bilan orthophonique : vos données restent chiffrées sur votre poste, l'IA (Mistral, Paris, hébergement HDS) ne reçoit qu'un texte pseudonymisé, et chaque section cite ses sources. BETA gratuite, sans carte bancaire.

Prêt·e à récupérer du temps sur vos bilans ?

BETA gratuite, sans carte bancaire. La passation et le diagnostic restent entre vos mains — OrthoVox accélère uniquement la rédaction.

Télécharger pour Windows

Vous lisez depuis un mobile ? Recevez le lien d’installation par email, pour le retrouver devant votre PC.

Le lien d'installation + nos actualités produit. Désabonnement en un clic.